dimanche 22 janvier 2017

Les Chroniques de Yelgor : La Nuit de l'Auberge Sanglante chap 13/26




[Chapitre 1 : Le Chevalier]                                                           
[Chapitre 7 : Tension !] 
[Chapitre 8 : L'Auberge Sanglante]
[Chapitre 9 : Le Sang de Sol]
[Chapitre 10 : Duels]
[Chapitre 11 : Alita et Zed]
[Chapitre 12 : L'abri souterrain]

Zed admirait l’agonie de celle qu’il exécrait par-dessus tout. Il avait rejoint les rangs des adorateurs de Sol moins par conviction personnelle que pour étancher sa soif de pouvoir. L’organisation religieuse lui procurait du matériel et des hommes fanatiques avec lesquels il projetait d’asseoir son influence sur les petites gens. Quand le prêtre Sujkun avait investi l’enceinte de la citadelle de bois aux commandes de son terrifiant Titan – dinosaure mécanique dont les engrenages piquetés de rouille conservaient une monstrueuse efficacité – il avait su qu’une nouvelle ère s’ouvrait et qu’il devait saisir cette opportunité à pleines mains. Il avait entrevu les festins et les merveilles qu’il en tirerait sans trop d’efforts. Il aurait adoré se jeter à l’assaut de l’auberge en dirigeant la redoutable créature d’acier dont les membres antérieurs crachaient la mort à des lieues de distance, mais seul Sujkun était habilité à la maîtriser. Le prêtre avait cependant offert aux soldats de Mabs des reliques tout aussi efficaces, à même de vaincre les mécréants : les minuscules fioles contenant le Sang de Sol.

Des nuits entières, Zed avait rêvé de cet instant, faisant rouler entre ses doigts l’ampoule phosphorescente. Même en tringlant les putains dans les postes routiers perdus dans l’immense zone forestière de Mabs, il gardait dans son poing fermé la précieuse substance huileuse, molestant le cul des pierreuses qu’il martyrisait de son vit dressé. Il s’imaginait avec des forces décuplées, puissant comme une armée de Hyksos, démolissant l’impudente qui lui avait labouré le visage. Sujkun les avait avertis de ce qui se passerait, des effets de ce produit sur leur corps, mais Zed ne réfléchissait plus en ces termes. Être traversé par la vigueur de Sol l’obsédait. Il y voyait le but suprême de son existence. Quoi qu’il advienne de lui, il acceptait de laisser de côté les oripeaux de sa vie présente pour embrasser une destinée faite de chasses grandioses à Son Service !

Et elle était là, entre ses innombrables pattes d’Hécatonchire. Ses multiples yeux se repaissaient de cette interminable agonie dans toute sa gloire. Chaque goutte de sang, chaque spasme de souffrance lui procurait une douce et intense excitation. Son colossal pénis éjaculait sans qu’il s’en rende compte des litres de sperme chaud dans la neige à la délicieuse vision de la Noctule pantelante. Il approcha un peu plus la silhouette déchiquetée de ses mandibules. Un dernier soubresaut agita le cadavre en devenir.

Une douleur aiguë fusa dans un de ses yeux. Il dégueula des flots de bave et de bile tandis que son corps se tortillait, secoué par des reptations obscènes. Il tenta de fuir, désespéré par une intolérable géhenne, en vain ! Le bras de la Noctule s’était tendu, mû par une volonté propre. La lame cristalline enfoncée dans son orbite rayonnait jusque dans les tréfonds de son être grandiose. Ses pattes antérieures comprimèrent l’impudente qui le blessait alors qu’elle était censée caner. Son corps aurait dû gicler en deux morceaux sur la neige blanche, mais au lieu de cela la souffrance de Zed empirait, dépassant tout ce qu’il aurait pu imaginer. L’amputation de sa mâchoire n’était que peccadille face à cette cuisante morsure. Des craquelures noires envahirent sa chitine, tissant une toile de sortilèges.

— Quel est ce maléfice ! hulula-t-il. Qu’est-ce que tu m’as fait ?
— Ce que j’aurais dû faire la première fois !

Alita regagnait de la force. Avec une épouvante croissante, Zed vit les plaies de son ennemie se résorber tandis qu’il perdait de sa substance et s’effritait en cendres noires. Il la libéra pour s’éloigner de ce cauchemar, récupérer son souffle. La blessure rayonnait dans tout son gigantesque organisme. À peine eut-il relâché son étreinte qu’Alita lui donna l’hallali. Elle disparut, échappant à ses dizaines de regards, puis un deuxième éclair le fouetta au milieu de son dos ophidien. Il ordonna à sa chair de créer un œil pour localiser son antagoniste, mais déjà ses nerfs ne transmettaient plus qu’avec difficulté les impulsions de son esprit à ses cellules. Le nouvel organe – myope – ne distingua qu’une ombre floue penchée sur son échine. L’épée palpitait d’une lueur cardinale flamboyante qui éclipsait celle de l’incendie mourant. Épouvantable tique, Alita le drainait de sa force vitale.

— Après tant d’années d’inactivité, ma lame est avide…

Zed tissa trois autres pattes hérissées de piques et de pinces, mais celles-ci se révélèrent débiles, malingres et incapables de repousser la vampire qui se nourrissait de sa substance. Alita ne leur accorda que très peu d’attention, leur dispensant des décharges électriques avec le tronçon de son membre mécanique brisé. Zed tangua sur la neige. La douleur creusait des tunnels béants dans ses organes, se gavant de lui. Il glapit une pitoyable plainte avant de se désagréger en un nuage de particules noires que le vent emporta.

Paralysée, Schiscrim était condamnée à observer, impuissante, la chose ignoble qu’était devenu Klapnik se glisser vers elle avec une lenteur sadique. Un mince filet de bave suintait de ses babines. Elle n’avait plus suffisamment le contrôle d’elle-même pour retenir l’écoulement de salive. Elle aperçut sa mère pantelante dans les pinces de Zed et s’abandonna à son destin.

Le ventre de Klapnik s’agrandit en une entaille béante, ses huit pattes écartées afin de faciliter la production d’un organe digestif capable de gober en entier une proie de cette taille. Un boyau semblable à un ver secoué de reptations obscènes jaillit de l’ouverture. Il avala Schiscrim la tête la première. Elle glissa le long d’anneaux munis d’ergots tranchants qui lui lacérèrent tout le corps, distillant dans chaque plaie un poison corrosif. Sa gueule fut enserrée par un masque humide qui lui coupa la respiration. Une suppuration huileuse pénétra dans ses narines, dans ses babines. Le liquide l’enflamma. Une panique viscérale s’empara d’elle tandis que ses yeux fondaient en une pâte immonde, coulant sur son visage. Ses dents se déchaussèrent de sa mâchoire amollie par l’action des sucs digestifs. Elle sombra dans les abysses lorsque les gouttes d’acide gastrique s’insinuèrent dans son crâne devenu flasque et spongieux.

Klapnik dégusta sa proie. Il avait hâte d’essayer la plasticité de son nouveau corps sur d’autres victimes. Ses multiples yeux se gavaient de la destruction de l’auberge et de l’estocade finale de son chef contre cette maudite Noctule. Il aperçut les pattes de la cynocéphale dépassant de sa grande bouche s’agiter en vain tandis qu’il la transformait en une pâte nutritive qui lui conférerait encore plus de force. Il admirait la perfection de la magie de Sol parcourant la moindre de ses plus minuscules veines. Il se rengorgeait de sa gloire lorsqu’il vit le bras de la Noctule se tendre pour planter son sabre dans l’œil de Zed.

Simultanément, un choc douloureux traversa son être. Il réalisa qu’un de ses yeux avait giclé dans la poudreuse pour s’immobiliser près d’un arbre. Les organes oculaires surnuméraires scrutèrent les ténèbres pour localiser son adversaire. Il repéra une silhouette cabriolant avec une dextérité toute féline entre les branches des pinèdes à une centaine de pieds de lui.

La jeune Sylvestre brandit un arc plus grand qu’elle et l’ajusta. La corde se détendit avec un bruit sec et deux flèches volèrent dans sa direction, occultant deux nouveaux yeux. Il grogna une interjection et essaya de s’abriter entre les troncs, mais la digestion de sa victime le clouait sur place pour encore quelques heures.

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Un peu de musique pour se mettre dans l'ambiance...


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